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Je suis Jaco, le pilote philosophe. Bienvenue au podcast de l’émission «Mon point de vue à 35000 pieds» intitulé “Comment philosopher?”

«Tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.» — Blaise Pascal

Lors d’une émission télévisuelle, Frédéric Lenoir, un sociologue français et écrivain prolifique1 a mentionné ceci : «Je crois que c’est (le philosophe allemand Emmanuel) Kant2 qui dit que la métaphysique en philosophie ce sont des adultes qui cherchent à répondre aux questions des enfants. Et les enfants posent les questions essentielles. Ils vont vous voir à trois ans et vont vous dire : “maman, c’est qui Dieu ?” et “papa, qu’est-ce qu’il y a après la mort ?”. C’est des questions essentielles ! Puis après on n’ose plus se les poser parce qu’on sait que la réponse est difficile.»3

Ainsi, Frédéric Lenoir mentionne : «on n’ose plus se les poser parce qu’on sait que la réponse est difficile.» Et peut-être a-t-il raison. Mais se pourrait-il aussi que nous nous empêchions de les poser parce que nous avons peur de le faire, ou mieux encore, parce que nous ne savons point comment nous y prendre ?

Philosopher, un apprentissage ou un exercice?

De la façon dont l’enseignement dans nos sociétés modernes est prodigué, un étudiant est bien plus conditionné à apprendre par cœur qu’à réfléchir par lui-même. Le mandat premier de nos systèmes d’éducation étant de transmettre des connaissances, il est donc normal que, même si à certains égards l’école fait place à la réflexion, la majorité d’entre nous vive sa vie en cherchant des réponses toutes faites à nos questions. Et le danger qui nous guette et qui guette les générations à venir tient au fait que si on ne développe pas une capacité à réfléchir par soi-même, on peut facilement tomber dans le panneau de désinformation que nous tendent les médias sociaux par exemple alors que l’on ne vient souvent qu’à ne consulter que les sites qui abondent dans le sens de notre pensée. N’ayant pas été habitué à contester l’information qui nous était fournie et selon les sources d’informations que l’on consulte, il peut être ardu pour tout individu de faire la part des choses. Voilà pourquoi il importe plus que jamais de réfléchir par soi-même. Et réfléchir implique de développer un esprit critique ou la logique prévaut, où les croyances et les émotions n’ont point leur place. Il faut donc raisonner sans se laisser influencer par nos émotions ni nos croyances et s’abreuver à des sources fiables, c’est donc ça philosopher. À cet égard, voici comment André Comte-Sponville définit un philosophe dans son « Dictionnaire philosophique« : «c’est quelqu’un qui pratique la philosophie autrement dit qui se sert de la raison pour essayer de penser le monde et sa propre vie…»4

Et comme j’en ai fait mention lors d’un podcast précédent intitulé «Définir l’acte de philosopher», on ne peut «apprendre à philosopher» puisque le terme «apprendre» sous-entend que l’on se doive d’acquérir des connaissances. L’on devrait plutôt dire «s’exercer à philosopher» ce qui implique que l’on doit s’exercer à penser, s’exercer à réfléchir. Mais comment faire?

S’accorder des moments propices à la réflexion

Nul n’a besoin d’études quelconques pour philosopher. Et même si des études en philosophie peuvent alimenter une réflexion, elles ne sont pas essentielles puisque le but n’est pas d’enseigner l’histoire de la philosophie ni d’enseigner les courants de la philosophie. Et donc, la première chose à faire pour quiconque désire philosopher c’est d’abord et avant tout de s’accorder des moments propices à la réflexion. Trop souvent, on vaque à maintes occupations, certaines moins primordiales que d’autres, sans nécessairement être conscient du temps qui passe. La course folle dans laquelle nous sommes tous engagés, soit celle du «Métro-Boulot-Dodo» ne nous permet que trop peu de moments où notre cerveau n’est pas sollicité, n’est pas bombardé, n’est pas stimulé. Et ça devient une habitude machinale de passer le temps, de tuer le temps. À défaut donc, on vient même à meubler nos temps libres plutôt que de les occuper à bon escient. Peut-être le faisons-nous parce que, comme le disait Blaise Pascal : «Tout le malheur des hommes vient de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.»

Se donner la peine de réfléchir

À une époque où la pratique religieuse dans nos sociétés modernes avait plus cours, du moins de manière plus marquée que c’est le cas aujourd’hui, cette dernière incitait régulièrement à prendre part à des cérémonies religieuses. La messe du dimanche pour ceux qui pratiquent la religion catholique en est un bon exemple. Et même si ce n’était que pour faire comme tout le monde, le fait que l’on y prenne part était une façon de s’accorder un moment imposé, propice à la réflexion. Et donc, la beauté des religions, s’il y en a une, tiens au fait que malgré le rythme effréné de nos vies, la participation à ces rassemblements religieux amène ceux qui y prennent part à s’arrêter et à réfléchir, ne serait-ce que le temps d’un sermon.5 Notez bien que j’ai fait mention de «s’il y en a une» en parlant de la beauté des religions puisque je ne reconnais pas nécessairement le bienfait des religions, mais bien seulement le bien que peuvent faire les religions.

Mais lorsque l’on considère le monde occidental d’aujourd’hui, où la pratique religieuse est en déclin, il devient impératif de remplacer ce rendez-vous hebdomadaire qu’était le service religieux par autre chose. Il faut donc s’y prendre autrement. Que l’on désire se doter d’une routine ou non, une discipline comportementale s’impose où l’on vient qu’à respecter les engagements envers soi-même autant sinon plus que ceux que l’on prend envers autrui. Et donc, il faut surtout s’y adonner avec autant de détermination et d’engagement que ce que nous imposait traditionnellement la religion. Mais s’accorder des moments de réflexion n’est pas tout, il faut aussi se donner la peine de réfléchir.

S’exercer à philosopher

Il n’est donc point nécessaire d’être philosophe de profession ni d’avoir étudié la philosophie pour philosopher, il suffit que de s’y exercer. Tout ne s’apprend pas dans les livres, à preuve, Aristote, lui qui est considéré comme le père de la philosophie morale6 par certains, ne l’a appris qu’à force de s’y consacrer. Ce ne sont donc pas en se remémorant les énoncés provenant des philosophes qui nous ont précédés que l’on apprend à philosopher, mais bien, entre autres, en s’inspirant des réflexions que l’on saurait avoir à partir de ceux-ci. Ainsi, on n’apprend pas à philosopher comme on apprend la mathématique, mais on apprend des philosophes en se penchant sur leurs pensées philosophiques. Et je vous rappelle que, comme j’en ai fait mention plus tôt, on n’apprend donc pas à philosopher, mais plutôt, on s’y exerce, du mieux que l’on peut, du moins on essaie. C’est d’ailleurs ce qu’en dit André Comte-Sponville dans son « Dictionnaire philosophique » qui en parlant de Schopenhauer, Nietzsche, Alain, Camus et Russell mentionne que: «Le philosophe, pour tous ceux-là, ce n’est pas quelqu’un de plus savant ou de plus érudit que les autres, ni forcément l’auteur d’un système ; c’est quelqu’un qui vit mieux parce qu’il pense mieux, en tout cas qui essaie»7. C’est donc ça qui importe, «essayer» aussi simple que ça, ni plus ni moins.

Se donner du temps et de l’espace

De la même façon que les croyants s’accordent du temps lorsqu’ils prennent part de façon assidue aux cérémonies religieuses, il en va de même pour tous ceux qui désirent philosopher. Car, pour philosopher, il faut d’abord et avant tout s’accorder des moments propices à la réflexion ce qui implique de s’accorder du temps et se donner de l’espace. C’est donc lors de ces moments que l’on peut le mieux s’exercer à philosopher.

S’accorder du temps peut prendre plusieurs formes. En voici trois exemples:

  1. Écouter mon podcast est la première façon dont je ferai l’apologie, que vous fassiez l’écoute de l’un ou l’autre de mes autres podcasts ou plus spécifiquement l’écoute du présent épisode. Que vous soyez tombé dessus par hasard ou que vous ayez volontairement été à sa recherche, dans les deux cas le fait de m’avoir écouté ou de m’avoir lu jusqu’ici est un premier pas pour vous amener à réfléchir par et pour vous-même. Et c’est ce qui importe.
  2. S’accorder des moments de lecture où l’on peut découvrir l’opinion d’autrui, sur l’un ou l’autre des sujets d’intérêts, qu’elle soit divergente de la vôtre ou non. Car, il importe de consulter tout type d’ouvrages, même des ouvrages énonçant des propos divergents, puisqu’il ne peut y avoir de réflexion sans qu’une certaine remise en question ait lieu. Subséquemment, vos croyances seront soit renforcées par ces lectures, ou altérées par celles-ci. Quoiqu’il en soit, cet exercice vous permettra de vous doter d’une opinion dite raisonnable. Car, tout comme j’en ai fait mention lors d’un article de blogue intitulé «Je pense toujours avoir raison… pas vous ?», je considère que «penser avoir raison» est la résultante logique pour quiconque s’est donné la peine de penser et donc de réfléchir à un sujet donné. C’est d’ailleurs pourquoi je dis souvent que «Pour penser avoir raison, il faut tout d’abord penser.»
  3. Dans la mesure où l’on peut leur accorder une certaine crédibilité, écouter ce que ceux qui osent s’affirmer ont à dire et lorsque possible, engager des discussions avec ces gens éclairants et éclairés s’avère primordial. Car qui dit discussions, dit aussi réflexions. Ici, je me permettrai de tracer une fine ligne toutefois entre conférenciers-motivateurs, et conférencier d’inspiration. À une ère où les conférenciers en développement personnel pullulent, force est de constater que les conférenciers-motivateurs font plus dans le populisme et donc dans le contenant que dans le contenu ; ils font dans la forme plutôt que dans le fond. D’où l’importance de bien choisir les gens en qui mettre notre confiance et de donner la préférence aux conférenciers d’inspiration.

Et lorsqu’il s’agit de se donner de l’espace, voici trois façons pratiques de le faire:

  1. La première et la plus simple des façons consistent à se créer son propre sanctuaire, espace où il fait bon réfléchir et méditer, à même le lieu que l’on habite. Il s’agit donc de choisir un endroit où il fait bon être, où l’on saurait être confortable et qui éviterait toutes distractions. Pour ma part, avoir la possibilité de mettre de la musique de fond, des pièces de piano instrumental par exemple m’inspire et me détend. J’en profite ici pour faire un petit clin d’œil à un pianiste montréalais que j’affectionne énormément, Jean-Michel Blais, que je vous invite à découvrir.
  2. La deuxième façon est de tout simplement aller faire une activité physique durant laquelle il est possible de penser à tout et à rien. La marche est, pour moi, l’activité de prédilection. Plusieurs études, dont certaines, qui ont été faites par Marily Oppezzo, une scientifique du comportement et de l’apprentissage de l’université de Stanford, démontrent que la marche favorise la créativité. Ainsi une étude de 2014 à laquelle elle a contribué a démontré que la marche favorisait le remue-méninge créatif sans toutefois avoir d’effets positifs sur le type de réflexion ciblée nécessaire pour obtenir des réponses uniques et exactes. J’en déduis donc que, considérant le type de réflexion que je prône, la marche doit inévitablement la favoriser. Je peux d’ailleurs vous assurer que c’est bel et bien le cas, puisqu’il m’est advenu à maintes reprises, d’avoir des idées d’articles ou de podcast ou même de trouver de simples formulations de phrase pour des textes sur lesquels j’achoppais alors que je faisais une marche.8
  3. La troisième façon consiste à prendre contact ou reprendre contact avec la nature en se rendant en forêt par exemple. Rien n’est plus apaisant que de contempler la nature, ou mieux encore, de s’en imprégner. Car nous n’existons pas à l’extérieur de la nature, mais faisons plutôt partie d’un tout avec elle et avec tout ce qui est du domaine du vivant. Cette façon de faire nous rappelle notre vitalité et notre interdépendance envers tout un chacun. Ça met en perspective la beauté de la vie et du fait qu’il faut apprécier chaque moment. Le fait d’être entouré de tant de beauté ne peut faire autrement que de vous apporter une paix intérieure et donc des moments propices à la réflexion.

Faire le vide pour faire le plein

En définitive, afin d’y voir clair et afin de pouvoir réfléchir adéquatement, il faut se doter de conditions gagnantes. Il faut donc s’accorder des moments de réflexion, mais plus encore, il faut, lors de ces derniers, «faire le vide pour mieux faire le plein.» Pour illustrer mon propos, permettez-moi de faire une analogie entre le type de réflexion qui est requis pour bien philosopher et la méditation en soi. Le moine tibétain Yongey Mingyur Rinpoche lors d’un vidéo intitulé «Meditation and Monkey Mind» qui est disponible sur YouTube9 faisait mention que méditer n’était pas sorcier. Tout ce qu’on doit faire c’est d’arrêter son «esprit singe» ce qu’il appelle «monkey mind» en anglais. À ces dires, il ne s’agit donc pas de ne penser à rien, mais bien plutôt de cibler sa pensée. Ainsi, nul ne peut cerner ni assimiler ce qu’il ou elle lit, ou ce sur quoi il réfléchit autrement que s’il s’y consacre pleinement. Il faut donc parvenir à lire ou à réfléchir, sans distraction aucune ou du moins avec le moins de distraction possible.

Et donc, que ce soit en écoutant mon podcast par exemple ou même en allant tout simplement faire une marche en forêt, ce qui compte c’est de trouver une façon de faire le vide pour mieux faire le plein.

Vaux mieux tard que jamais

Enfin, il est primordial de reconnaitre que quiconque a la capacité de réflexion et d’introspection est apte à philosopher. Et, comme le mentionne André Comte-Sponville dans son « Dictionnaire philosophique« , «il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour philosopher, disait à peu près Épicure, puisqu’il n’est jamais ni trop tôt ni trop tard pour être heureux. Disons qu’il n’est trop tard que lorsqu’on ne peut plus penser du tout. Cela peut venir. Raison de plus pour philosopher sans attendre.»

Alors maintenant que vous avez une meilleure idée de la façon de philosopher et sachant que ce n’est pas sorcier, pourquoi ne pas commencer dès aujourd’hui ! Il me fera un plaisir immense de vous y accompagner. Allez, philosophons ensemble, d’accord !

Enfin, si ce n’est déjà fait, je vous invite à consulter les deux premiers podcasts de cette série de trois qui s’intitulent «Définir l’acte de philosopher» et «Pourquoi philosopher?».

En terminant, j’aimerais vous faire mention que, pour ceux que ça intéresserait, ce podcast est aussi produit en version anglaise. Pour y accéder, visitez simplement le site web https://thephilosopherpilot.com. Autrement, je vous invite à consulter le site du pilote philosophe au https://lepilotephilosophe.com et y découvrir les trois émissions podcasts ainsi que le blogue qui s’y trouve. Peut-être voudrez-vous aussi vous inscrire à mon bulletin d’information afin d’être à l’affût des nouveautés. Enfin, si vous aimez mes écrits et mes podcasts, informez-en votre entourage en les partageant, ce serait grandement apprécié. À bientôt pour un autre podcast du pilote philosophe.

Credits:
Musique de Infraction sur Bandcamp
Photo de Dingzeyu Li sur Unsplash

Sources

  1. Frédéric Lenoir est un sociologue français et un écrivain prolifique. Son site web est le https://www.fredericlenoir.com/
  2. Grand penseur de l’Aufklärung (Lumières allemandes), Kant a exercé une influence considérable sur l’idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général. https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Kant
  3. Beaudoin, France (animatrice). (2018). Frédéric Lenoir. Pour Emporter Saison 1 Épisode 4. Société Radio-Canada. https://ici.tou.tv/pour-emporter/S01E04.
  4. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige) (French Edition). Presses Universitaires de France. Kindle Edition.
  5. Un sermon, du latin sermo (“conversation, conférence”), est un discours prononcé lors d’une célébration religieuse tel que défini à la page https://fr.wikipedia.org/wiki/Sermon
  6. Tel qu’il l’est définit dans sa biographie à la page https://www.linternaute.fr/biographie/litterature/1775230-socrate-biographie-courte-dates-citations/
  7. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige) (French Edition). Presses Universitaires de France. Kindle Edition.
  8. Quoique l’étude a montré que la marche favorisait le remue-méninge créatif, elle n’avait pas d’effet positif sur le type de réflexion ciblée nécessaire pour obtenir des réponses uniques et exactes.
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