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Définir l’acte de philosopher

Je suis Jaco, le pilote philosophe. Bienvenue au podcast de l’émission «Mon point de vue à 35 000 pieds» intitulé: «Définir l’acte de philosopher»

Avant de philosopher ensemble, comme je vous ai invité à le faire à la fin du podcast d’introduction du pilote philosophe, peut-être devrions-nous en premier lieu aborder trois questions que je juge primordiales soient: qu’est-ce que l’acte de philosopher? Pourquoi philosopher? Et enfin, comment philosopher? Commençons donc par définir l’acte de philosopher, car si nous devons le faire ensemble, peut-être devriez-vous connaitre mon interprétation de ce que c’est.

L’acte de philosopher

Dans son «Dictionnaire philosophique», le philosophe Français André Comte-Sponville décrit un philosophe ainsi: «C’est quelqu’un qui pratique la philosophie autrement dit qui se sert de la raison pour essayer de penser le monde et sa propre vie, afin de se rapprocher de la sagesse ou du bonheur.»1 Il décrit plus loin l’acte de philosopher comme suit: «Il m’est arrivé de définir la philosophie, ou l’acte de philosopher, encore plus simplement: Philosopher, c’est penser sa vie et vivre sa pensée. Non, certes qu’il faut se contenter de l’introspection ou de l’égocentrisme! Penser sa vie, c’est la penser où elle est: ici et maintenant, certes, mais aussi dans la société, dans l’histoire, dans le monde. Et vivre sa pensée, c’est agir, autant qu’on peut, autant qu’on doit, puisqu’on ne pourrait autrement que subir ou rêver.»2

Donc, «Penser sa vie et vivre sa pensée», quelle belle façon qu’a André Comte-Sponville de résumer à son expression la plus simple l’acte de philosopher. Mais pour être en mesure de pleinement penser sa vie comme il en fait mention, il faut oser remettre en question des vérités souvent jugées incontestables. Il faut aussi être en mesure d’envisager la réalité en lui apposant un regard différent, un regard neuf. Que ce soit de s’interroger sur l’état des choses, de réfléchir sur la condition humaine ou bien à des enjeux de société, philosopher consiste à réfléchir de façon raisonnée afin de mieux comprendre. Mais philosopher, c’est d’abord et avant tout s’interroger envers et à propos de nous-mêmes allant même jusqu’à se remettre en question s’il le faut. Philosopher c’est donc tenter de mieux comprendre qui nous sommes, mais plus encore, qui nous sommes en devenir. Enfin, philosopher est un exercice qu’on est très peu habitué à faire puisqu’il peut s’avérer déstabilisant. Mais la beauté dans tout cela, c’est qu’il est donné à quiconque a le désir de philosopher d’y parvenir, car pour ce faire, on doit faire appel qu’à deux facultés que la plupart d’entre nous possèdent, soit celle de raisonner et celle de penser.

Philosopher dans le but d’atteindre la sagesse

Dans le même ouvrage cité précédemment, André Comte-Sponville fait état du rapport entre la philosophie et la sagesse en écrivant ceci: «La philosophie est la doctrine et l’exercice de la sagesse, non simple science; la philosophie est pour l’homme effort vers la sagesse, qui est toujours inaccomplie».3 Cette citation comporte deux éléments essentiels soit que le philosophe aspire à une sagesse qu’il ne saurait atteindre et que sa quête en est donc une qui est sans fin. Et en ce qui a trait à une définition que l’on saurait attribuée au mot «sagesse», voici comment Nigel Warburton l’aborde dans son livre «A little history of philosophy» alors qu’il cite Socrate ainsi: «La sagesse pour Socrate ne consistait pas à connaître beaucoup de faits, non plus, de savoir comment faire quelque chose. Cela signifiait plutôt de comprendre la vraie nature de notre existence, y compris les limites de ce qu’il nous est possible de savoir.»4

En résumé donc, philosopher est une quête limitée par ce qu’il nous est possible de savoir, ayant comme but ultime de croitre en sagesse afin d’être plus heureux, et ce tout au long de notre existence puisque cette quête en est une sans fin.

Mais peut-on apprendre à philosopher?

Toujours selon André Comte-Sponville, «La philosophie n’est pas une science, ni même une connaissance (ce n’est pas un savoir de plus, c’est une réflexion sur les savoirs disponibles), et c’est pourquoi, comme disait Kant (Emmanuel Kant était un philosophe allemand)5, on ne peut apprendre la philosophie: on ne peut apprendre qu’à philosopher.»6 Considérant ce dernier énoncé, il m’apparait évident que contrairement aux matières comme les sciences, les mathématiques ou l’histoire, la philosophie n’est pas un sujet d’étude comme c’est dernier qui offre une réponse unique à chaque question. Plus encore, la pensée philosophique évolue dans le temps. On peut donc lire et s’inspirer des courants philosophiques passés et présents, mais l’exercice de réflexion demeure nôtre à faire malgré tout, en fonction de l’époque qui est nôtre.

Et donc, contrairement aux mathématiques ou aux sciences qui font état d’éléments et de notions dites immuables, du moins, au moment où elles sont transmises, philosopher peut potentiellement engendrer autant de réponses ou de variantes d’une même réponse que de philosophes qui y réfléchissent. Ainsi, philosopher peut certes s’apprendre, mais ne s’enseigne point, on ne peut donc apprendre à philosopher que par nous-mêmes. Philosopher est donc une aptitude que l’on est appelé à développer au fur et à mesure des lectures, des discussions, mais surtout des réflexions qu’on saurait faire. Et cet apprentissage ne pourrait se faire sur les bancs d’écoles puisqu’il n’y a pas qu’une seule façon de penser, il n’y a pas qu’une seule façon de faire, puisque la façon de philosopher est unique à chacun.

Apprendre à la façon de Socrate

Plusieurs considèrent Socrate comme étant le père de la philosophie telle qu’on la conçoit aujourd’hui c’est à dire, le père de la philosophie morale, celle qui a pour objet la mise en pratique de la morale elle-même basée sur un raisonnement éthique.7 La page Wikipédia qui lui est dévouée fait mention qu’il «serait le premier à avoir consacré la réflexion philosophique aux affaires humaines, et non plus à l’étude de la nature.» 8

Précurseur dans sa façon d’aborder les choses, il n’a donc pu s’inspirer de quiconque avant lui dans sa façon de faire, et ce malgré le fait que, comme Socrate lui-même l’évoque dans les Dialogues de Platon, il reconnaissait «l’influence que ces penseurs ont exercée sur lui, même s’il a souvent été amené à les critiquer.»9. Remettant en question les fondements mêmes de la pensée humaine, il défiait les conventions. Et contrairement aux sages de l’époque qui faisaient part de leurs «sagesses» à qui voulait bien entendre, Socrate préférait amener son interlocuteur à réfléchir plutôt qu’à simplement lui fournir des réponses.10 À la même page Wikipédia lui étant consacrée, il est mentionné de Socrate: «… il est le premier philosophe, tel que le définit pour la première fois Platon dans “Le Banquet”, c’est-à-dire celui qui est non sage, mais qui désire la sagesse, sachant qu’il ne l’a pas.» 11 C’est donc ce qui le différenciait d’autres grands penseurs qui l’ont précédé. À ce jour, plusieurs considèrent d’ailleurs qu’il existe l’époque présocratique, reconnaissant l’impact qu’il a eu sur la philosophie antique et qui se ressent jusqu’à ce jour. Ainsi, quoique Socrate exhibe une certaine sagesse tout comme les grands penseurs qui l’avait précédé, il se voulait donc plutôt philosophe que sage.12

Puisque Socrate vécut il y a plus de 2400 ans, c’est donc dire que l’acte de philosopher n’est pas nouveau. Et comme j’en ai déjà fait mention, quiconque est capable de penser et de raisonner peut apprendre à philosopher. Il ne nous reste donc plus qu’à apprendre à philosopher par nous-mêmes, comme l’ont fait Socrate et d’autres après lui. N’en tiens qu’à nous.

Mais même si nous pouvons apprendre à philosopher, y a-t-il une raison pour laquelle on devrait le faire? Lors du prochain podcast, je répondrai à cette question alors qu’au podcast subséquent j’aborderai la question de «Comment philosopher? ». Ainsi, une fois le tout démystifier, vous verrez que ce n’est pas sorcier et ça nous permettra de philosopher ensemble.

En terminant, j’aimerais vous faire mention que, pour ceux que ça intéresserait, ce podcast est aussi produit en version anglaise. Pour y accéder, visitez simplement le site web https://thephilosopherpilot.com. Autrement, je vous invite à consulter le site du pilote philosophe au https://lepilotephilosophe.com et y découvrir les trois émissions podcasts ainsi que le blogue qui s’y trouve. Peut-être voudrez-vous aussi vous inscrire à mon bulletin d’information afin d’être à l’affût des nouveautés. Enfin, si vous aimez mes écrits et mes podcasts, informez-en votre entourage en les partageant, ce serait grandement apprécié. À bientôt pour un autre podcast du pilote philosophe.

Credits: Music by Infraction on Bandcamp Photo de Carlos Blanco sur Flickr

Sources

  1. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige). Presses universitaires de France. Édition Kindle.
  2. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige). Presses Universitaires de France. Édition Kindle.
  3. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige). Presses universitaires de France. Édition Kindle.
  4. Traduction libre de: “Wisdom for Socrates was not knowing lots of facts, or knowing how to do something. It meant understanding the true nature of our existence, including the limits of what we can know.” extrait du livre de Warburton, Nigel. A Little History of Philosophy (p. 3). Presse universitaire de Yale. Édition Kindle.
  5. Grand penseur de l’Aufklärung (Lumières allemandes), Kant a exercé une influence considérable sur l’idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie, la philosophie moderne, et la pensée critique en général. Son œuvre, considérable et diverse dans ses intérêts, mais centrée autour des trois Critiques – à savoir la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique et la Critique de la faculté de juger – fait ainsi l’objet d’appropriations et d’interprétations successives et divergentes. https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Kant
  6. Comte-Sponville, André. Dictionnaire philosophique (Quadrige). Presses Universitaires de France. Kindle Edition.
  7. La philosophie morale est la branche de la philosophie et plus précisément de la philosophie pratique qui a pour objet la mise en pratique de la morale elle-même basée sur un raisonnement éthique. Extrait de: https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_morale.
  8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate au paragraphe: Place de Socrate dans la philosophie antique.
  9. https://fr.wikipedia.org/wiki/Présocratiques.
  10. «Il enseignait, ou plus exactement questionnait, gratuitement — contrairement aux sophistes, qui enseignaient la rhétorique moyennant une forte rétribution.», https://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate au paragraphe: Enseignement Public.
  11. https://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate, Paragraphe: Place de Socrate dans la philosophie antique.
  12. Il existait avant Socrate des individus réputés pour être sages (sophoi), faisant preuve de sophia (c’est-à-dire de sagesse, de savoir, ou de savoir-faire)34,Note 19. Ces sages, maîtres de vérité ou de sagesse, représentent une sorte d’aristocratie, tandis que les sophistes, qui affirment pouvoir enseigner le savoir à tous contre paiement, sont le versant démocratique de la sagesse. En s’opposant aux uns et aux autres, Socrate est le premier philosophe (philosophos), tel que le définit pour la première fois Platon dans le Banquet, c’est-à-dire celui qui est non sage, mais qui désire (philein) la sagesse, sachant qu’il ne l’a pas. Individu inclassable, il provoque chez les autres le bouleversement de soi-même d’une façon irrationnelle. Cette remise en question de l’individualité se trouve dépassée dans le dialogue entre un individu et un autre, dialogue fondé sur la raison, pour atteindre l’universalité. Paragraphe intitulé: Place de Socrate dans la philosophie antique, https://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate
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